1- Malartre et Carlat, p. 235
Chapelle Saint-Sébastien Fenêtre de l'abside |
2- Trésors méconnus de l'art roman
3- Malartre et Carlat, p. 238
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En remontant la vallée de l’Escoutay à partir de Viviers, on aperçoit bientôt le village haut perché de Saint-Thomé, admirablement situé sur un promontoire dominant le confluent de trois vallées ; il occupe un site habité de très longue date. Un habitat de plein air du début du Paléolithique supérieur a notamment été découvert dans les années 1980 au lieu dit Bouzil, sur la rive droite de l'Escoutay. Différents témoins d'une occupation à l'époque gallo-romaine ont aussi été retrouvés, notamment une plaque de calcaire fixée depuis le xixe siècle sur la façade de l'église Saint-Thomas, où est inscrite l'épitaphe d'un membre de la tribu Voltinia.
Saint-Thomé - un coin du village |
La première mention connue de Saint-Thomé se trouve dans la Charta Vetus où figure la transcription de l'acte d'une donation faite, au vie siècle sans doute, par une certaine Yteria. La donatrice déclare que « ayant fait édifier en ce lieu (in vertice montis) deux églises en l'honneur de saint Thomas et de saint Sébastien et les ayant dotées des revenus de tout le territoire qui s'étend entre la montagne et le fleuve Scotadii (l'Escoutay) et de la villa Cacerdis, elle donne le tout à Dieu et à saint Vincent ». (C'est à dire à l'évêque de Viviers). Il existe toujours une église Saint-Sébastien et une église Saint-Thomas situées au plus haut du village de Saint-Thomé.
Ces églises restent la propriété de l'évêque jusqu'au milieu du xiie siècle, époque où, à l'occasion d'un échange de biens, le chapitre cathédral en reçoit la jouissance. Le précempteur du chapitre devient alors seigneur de Saint-Thomé.
Chapelle Saint-Sébastien |
C’était une petite église à nef unique terminée
par une abside semi-circulaire. Elle a été défigurée au xixe siècle,
lorsque le bâtiment fut transformé en école : portail muré, nouvelles
ouvertures percées dans la façade méridionale, murs gouttereaux surhaussés
pour permettre l'aménagement d'un étage. Seule l'abside a été épargnée.
Les avis divergent
sur la datation de cet édifice. Plusieurs auteurs l'estiment du xiie siècle,
mais Robert Saint-Jean la considérait comme beaucoup plus ancienne, puisqu'il disait, à l'occasion
d'une visite de la Sauvegarde1 :
« Les fondations des murs, et surtout l'abside, sont manifestement de cette époque. [fin du vie ou début du viie siècle] Ce serait donc une des plus anciennes églises préromanes encore partiellement debout en Vivarais. Les plus sûrs indices d'archaïsme sont, d'une part, l'appareil très grossier de la maçonnerie, constitué de pierres mises en tous sens au lieu de constituer des lits successifs ; et d'autre part, la minuscule fenêtre sise dans l'axe de l'abside, fenêtre dont l'arc en forme de croissant est constitué d'une seule pierre échancrée, avec des incisions radiales simulant les claveaux, forme typiquement préromane que l'on retrouve dans les églises wisigothiques de Catalogne, du Roussillon et même du Languedoc, régions incluses dans le royaume Wisigoth pendant soixante-dix ans et auquel le Vivarais fut rattaché trente-cinq ans. »
Il est certain que l'arc de la fenêtre de l'abside est d'un style archaïque que l'on retrouve par exemple à l'ancienne église de Saint-Jean-de-Muzols, effectivement considérée comme préromane.
Chapelle Saint-Sébastien - Portail roman muré |
Chapelle Saint-Sébastien - Épitaphe d'un évêque du Ve siècle |
Sur le mur sud, au-dessus de l'ancien portail roman, aujourd'hui muré et surmonté d'une archivolte en tiers-point, est encastrée une large dalle de marbre blanc portant une longue inscription fragmentaire qui est l'épitaphe d'un évêque du ve siècle, Promotus ou Lucianus.
L'actuelle église Saint-Thomas reste pour l'essentiel un édifice du xiie siècle, malgré les transformations réalisées dans les années 1870.
Église Saint-Thomas |
Pierre de remploi avec une tête de Christ gravée |
Vue de l'est, l'église présente une silhouette massive, dans laquelle on remarque l'abside semi-circulaire, le transept non saillant dont la croisée est coiffée d'une tour-lanterne à base carrée et le mur d'un des bas-côtés renforcé par de solides contreforts.
La façade occidentale date de 1870 ; à cette occasion le porche construit au xviiie siècle disparut et fut remplacé par une travée supplémentaire de la nef. Outre l'inscription d'époque gallo-romaine déjà signalée, on a encastré sous la niche de droite qu'occupe la statue de saint Thomas apôtre, une large dalle de marbre blanc, sans doute d'origine antique, de forme trapézoïdale, ayant vraisemblablement servi de linteau à la porte de l'édifice roman, et qui offre, gravée très faiblement, une tête de Christ avec le nimbe crucifère, sculpture datant du XIIe siècle.
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L'église Saint-Thomas comporte aujourd'hui trois nefs de trois travées, avec un
transept non saillant et une abside semi-circulaire voûtée en cul-de-four. Mais on
vient de voir que la travée
occidentale de chaque nef ne date que du xixe siècle.
La nef centrale est voûtée d'un berceau plein-cintre, renforcé par des arcs
doubleaux qui s'interrompent à la naissance de la voûte. Les bas-côtés
sont couverts de demi-berceaux. Certains pensent qu'ils sont un peu plus tardifs que
la nef. Pour Yves Esquieu2, « C'est possible. Mais l'argument qui a été donné (les
fenêtres
du vaisseau principal partiellement condamnées par la construction des nefs latérales)
ne peut être avancé car la toiture des bas-côtés a été tardivement
surélevée. »
Il
n'y a pas d'absidioles sur les bras du transept qui sont, pour leur part, couverts d'un
berceau légèrement brisé.
Cette église présente deux éléments particulièrement
intéressants, une abside à niches et, sur la croisée du transept, une coupole
parfaitement appareillée, de plan circulaire et non octogonal, contrairement à ce
qui se rencontre en général dans la région. Celle-ci est bâtie, nous
fait remarquer Yves Esquieu (ibid), « sur de petites trompes d'angles, très
proches de pendentifs. »
La présence de cinq niches semi-circulaires creusées dans le mur
de l'abside constitue une disposition assez rare, que l'on considère comme héritée du
premier art roman méridional.
On la retrouve dans quelques autres édifices du Bas-Vivarais : église de Ruoms,
ancienne église Saint-Jean-Baptiste de Meysse,
chapelle Saint-Sulpice de Trignan, chapelle octogonale
de Mélas, ainsi qu'à l'ancienne contre-abside de l'église Saint-Andéol de Bourg. Comme
à Mélas, ces niches sont ici séparées par des colonnes engagées couronnées de chapiteaux
très simples. Souvent elles
reposent sur un mur bahut, qui ici a peut-être été enfoui, car on remarque
que le chœur est surélevé par rapport à la nef.
Paul Bousquet
![]() Église Saint-Thomas - L'abside et la coupole sur la croisée du transept |
![]() On remarque que la coupole est de plan circulaire et non octogonal, comme c'est généralement le cas dans la région. |
![]() L'abside est décorée de niches creusées dans le mur |
[...] Nous descendons maintenant vers le château de Saint-Thomé, dont M. et Mme de Beaulieu nous font les honneurs. L'histoire du village de Saint-Thomé est très mal connue, toutes les archives communales ayant été brûlées, dans la cour même du château, à la Révolution. On trouve quelques renseignements épars dans l'abondante documentation rassemblée par l'Abbé Arnaud dans son ouvrage sur Valvignères-en-Helvie, en particulier la succession des seigneurs jusqu'au XIIIe siècle, mais rien sur la période postérieure. On sait ainsi qu'entre 1250 et 1260 un coseigneur, nommé de La Tour-Gouvernet, fit édifier un donjon qui se trouve sur l'ancienne route menant à Alba et dont les murs sont actuellement inclus dans un bâtiment de ferme.
Le château |
En revanche, on ne connaît absolument
pas l'origine du château actuel. Les premiers seigneurs connus
remontent au milieu du XVe siècle, avec Philippe de
Montargues, dont la fille unique épouse un Aymar de Vesc, lequel
hérite de la seigneurie qui reste dans la famille de Vesc jusqu'en
1630. À cette date, Françoise de Vesc épouse Christian
de La Garde de Chambonas. En 1777, les Chambonas vendent le château
aux Mercoyrol de Beaulieu, famille originaire de Saint-Pons, aux environs
de Lamalou-les-Bains, dans l'Hérault. Sous le règne de
Charles IX, un Mercoyrol guerroyait au siège du Havre, alors occupé par
les Anglais ; amputé d'une jambe, il obtint en compensation
le commandement de la place de Montélimar. Son fils s'installa
ensuite en Vivarais. En 1777, Jacques de Mercoyrol de Beaulieu, habitant
Viviers, choisit de faire de Saint-Thomé sa résidence secondaire.
Un de ses onze enfants, un fils prénommé Saint-Thomé,
mourut à l'âge de sept ans, s'étant blessé en
jouant avec des bambous, dont ceux que l'on voit actuellement dans la
cour sont peut-être des rejets. À cette époque fut
entreprise la réfection intérieure du château. On
en voit un vestige : le papier de tapisserie du salon, dont les
tons bleutés sont encore d'une étonnante fraîcheur.
Au cours des luttes entre Armagnacs et Bourguignons,
ces derniers ont franchi le Rhône et occupé la partie du Vivarais
comprenant Bourg-Saint-Andéol, Saint-Thomé et Valvignères,
cependant que Viviers demeurait fidèle au roi. En mai 1418, au cours d'une
escarmouche, un des habitants de Viviers fut enlevé par un des « occupants » Bourguignons.
En représailles les gens de Viviers mirent à sac Saint-Thomé.
Les guerres de Religion n'ont pas épargné la localité. Le
seigneur d'Alba périt au cours d'un combat contre le seigneur de Vesc.
La peste de 1629 dépeupla le village ; on dit même que le seul
survivant fut un simple d'esprit qui se chargeait d'enterrer les morts.
Le haut village a été progressivement déserté depuis le début du siècle. Il se repeuple peu à peu grâce à la restauration, souvent heureuse, des maisons, pour la plupart acquises par des Français comme résidences secondaires.
L'architecture du château présente,
vers l'est, une façade flanquée de deux tours, mais on
devine, à l'opposé, masquée sous un épais
manteau de lierre, la jonction avec un plus ancien corps de bâtiment
rectangulaire — sans doute un donjon primitif — qui présente,
donnant dans l'intérieur du château, les traces d'anciennes
portes et de meurtrières.
La porte d'entrée est surmontée d'un vaste blason,
malheureusement martelé, sur lequel on croit distinguer les silhouettes
de deux lions affrontés. Au second étage de la tour d'angle nord-est,
au niveau duquel se trouve un petit oratoire, on aperçoit une pierre encastrée
qui porte une gravure énigmatique.
Nous visitons l'intérieur du château, en bon état, avec son escalier de pierre accédant aux pièces d'apparat du premier étage qui conservent leur aspect et du mobilier ancien. On remarque particulièrement la grande loggia, ouverte vers le sud sur la pittoresque vallée de la Nègue, où Mme et M. de Beaulleu ont l'amabilité de nous accueillir.