1- Inventaire topographique du canton de Viviers, Imp. Nationale éd. Paris 1989
![]() Décor de style archaïque sur l'imposte d'un pilastre du collatéral nord |
Chapiteau de la nef centrale - Masque vomissant des volutes de feuillage |
La présentation du monument est faite par M. Michel Robert, ancien vice-président de la Sauvegarde.
Le touriste allant du Teil vers Aubenas ne la voit pas. Celui qui en revient va trop vite, l’aperçoit mais, poussé par d’autres qui vont encore plus vite, hésite à s’arrêter. Et, quand dans quelques années la RN 102 sera déplacée, personne ou presque, ne passera plus devant l’église de Mélas. C’est grande misère de voir cette œuvre d’art exceptionnelle ignorée par la quasi-totalité des touristes et la grande majorité de la population locale.
![]() Église Saint-Étienne de Mélas |
Et pourtant elle fut remarquée par Prosper Mérimée
et classée « monument historique » en 1868 ;
elle est la sixième en date sur les quelques cent qui figurent
aujourd’hui sur la liste, compte non tenu des monuments simplement
inscrits ; le Teil possède donc l’un des plus précieux
fleurons d’architecture et d’histoire du département.
Certes, durant les années quatre-vingt-dix, un effort
est entrepris pour la faire connaître : une plaquette est éditée,
des panneaux publicitaires sont apposés, un éclairage
extérieur fonctionne durant la saison touristique, un éclairage
sur minuterie est installé à l’intérieur
ainsi qu’un texte de présentation ; les résultats
ne sont pas au niveau des espérances.
![]() Chapelle octogonale |
La cité d’Alba se dota d’un évêque
dès la fin du ive siècle
puis, pour des raisons que nous ignorons encore aujourd’hui, le
siège épiscopal
fut transféré à Viviers vers 470/475.
Plusieurs historiens ont prétendu qu’entre Alba
et Viviers, l’évêque s’installa quelques années à Mélas
du fait de l’existence en ce lieu d’un baptistère,
construction qui devait être, dans les premiers siècles de
la chrétienté, proche de l’église cathédrale ;
hypothèse séduisante pour les Teillois qui verraient ainsi
Mélas s’élever dans la hiérarchie. Nombreux
sont les visiteurs cultivés qui, voyant ce bel édifice octogonal
de l’extérieur s’écrient : « Contemporain
de Ravenne ! ». On aimerait qu’ils aient raison
mais on doit tempérer leur émotion en leur faisant remarquer
que les mosaïques sont absentes et que l’on ne sait rien du
décor intérieur détruit lors du piquage de l’enduit
entre 1872 et 1878 pour mettre à jour le petit appareil en maçonnerie
que l’on voit aujourd’hui. Même persuadés qu’il
s’agit bien d’un baptistère et non d’une chapelle
funéraire, autre hypothèse émise, nous ne savons
rien de ses origines.
La date de sa construction et son affectation divisent toujours les spécialistes qui émettent cependant quelques hypothèses, montrant à quel point la situation demeure complexe : « [...] il est admis aujourd’hui de voir dans l’édifice une chapelle funéraire du premier art roman (décor des chapiteaux et nervures plates de la voûte)[...] »1 ; suite aux fouilles archéologiques effectuées de 1944 à 1948 avec la mise au jour d’un ancien cimetière et d’une cuve ovale en son centre, « on retiendra l’hypothèse de la construction, au début du xie siècle, d’une chapelle isolée ayant servi de baptistère à une époque indéterminée. » (ibid)
![]() Intérieur de la chapelle octogonale |
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Construit en petit appareil irrégulier, truffé de moellons de basalte provenant du Coiron tout proche, cet édifice octogonal ne laisse pas deviner de l'extérieur la beauté et l’originalité de l’architecture intérieure. L’octogone est formé par huit niches semi-circulaires voûtées en cul-de-four, quatre grandes alternant avec quatre plus étroites. Élégante tout autant qu’originale, la coupole est à nervures plates, sans clé de voûte ; une des nervures est continue, les autres s’appuient sur elle. Ces nervures retombent sur huit colonnes engagées formées de tambours inégaux ; elles sont coiffées de chapiteaux rudimentaires dont le décor est généralement très sommaire, simplement formé de stries gravées. Deux sont cependant plus soignés, avec une imitation simplifiée d’un chapiteau corinthien.
Vers 550, d’après les écrits rapportés par l’évêque Thomas II dans la Charta vetus, une riche et pieuse dame du nom de Frédégonde, fit construire un monastère de femmes à Mélas, dédié à saint Étienne et saint Saturnin ; bien qu’aucune trace n’ait subsisté, on peut émettre l’hypothèse de sa destruction et d’une reconstruction au même emplacement, avec la nef nord de l’église dont nous allons parler ci-après.
En effet, Mélas n’est pas que l’édifice octogonal supposé être un baptistère ou une chapelle funéraire, c’est aussi l’église paroissiale saint Étienne et saint Saturnin, vocables faisant référence au monastère de Frédégonde.
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Nef centrale | |
L’église se compose de deux nefs et d’un bas-côté sud
construit entre 1872 et 1878 qui s’ouvre sur la nef centrale par
deux ouvertures en plein cintre percées à la même époque ;
dans la continuité, la nef centrale et la nef nord seront reliées
de la même façon. L’accès à l’édifice
octogonal se fera désormais par l’intérieur, la porte
d’origine étant supprimée et bouchée, les quatre
volumes de ce fait communiqueront.
La nef principale, composée
de cinq travées couvertes par
un berceau brisé avec arcs doubleaux repris par des colonnes engagées,
se poursuit par le chœur surmonté d’une remarquable coupole
octogonale sur trompes avec base de départ rectangulaire habillée à l’extérieur
par une tour massive ; une abside circulaire, couverte par un étonnant
cul-de-four brisé à l’appareillage très soigné,
complète l’ensemble à l’est. Comme dans toute
construction romane, le décor est sobre et la lumière naturelle
mesurée ; on notera quelques sculptures sur portions de corniches,
un poisson (ichtus), par deux fois le serpent de la tentation, des décors
en oves sur bases de colonnes et surtout les chapiteaux dont deux sont
historiés
et représentent « le sacrifice d’Abraham » et « le
Pèsement des âmes ».
La nef nord pourrait avoir été rebâtie sur les bases de la
chapelle du monastère précité et serait antérieure à la
nef principale ; son raccordement a nécessité une couverture
en demi-berceau remplaçant certainement une couverture en charpente. L’abside
en cul-de-four, plus récente, est remarquable.
Michel Robert
![]() Le sacrifice d'Abraham |
Dans la nef principale du xiie construite en deux campagnes, on remarque au nord, à la deuxième travée, un chapiteau simplement décoré de feuilles plates, raides, d’un modèle déjà rencontré en Vivarais, puis à la troisième travée « le Pèsement des âmes », un chapiteau maladroit dans sa composition et son style où l’on voit le Christ couronné, tenant une balance d’un bras démesuré, avec Satan à droite et un ange à gauche surveillant l’âme qui est dans le plateau.
À la quatrième travée se trouve « le Sacrifice d’Abraham », vivant et harmonieux, ou l’on voit des personnages très expressifs, Abraham dont le bras est retenu par l’ange, Isaac sur le bûcher, tenu par les cheveux, enfin à droite un ange signale un bélier emmêlé dans un buisson. Ce chapiteau est à rapprocher de ceux de la première moitié du xiie en Bourgogne.
En face, au sud, un chapiteau corinthisant, avec des acanthes souples, volutes et crossettes avec une petite tête au regard aigu, ensuite en remontant vers le chœur, un chapiteau qui montre un masque vomissant des volutes de feuillages stylisés encore proches du xie, enfin symétrique à celui du nord un chapiteau à décor de feuilles un peu raides, datant la première campagne de construction de cette nef.
Christian Caillet
1- Inventaire topographique du canton de Viviers, Imp. Nationale éd. Paris 1989